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Pour le parti du Progrès

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  • Ce blog est une plateforme appelant à recomposer la Gauche démocratique en France et en Europe, autour d'un projet de transformation du monde suffisamment innovant pour être à la fois très ambitieux et réalisable.
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14 février 2011

Trop de fonctionnaires trop payés, à l'école notamment

Voici un préjugé maintes fois répété, colporté, dont on peut malheureusement dire qu'il a la vie dure. Mais un rapport demandé par le pouvoir montre le contraire (voir le lien ci-dessous)  ! Il restera ensuite à tordre le cou du préjugé sur le temps de travail des enseignants et on verra alors que le discours ambiant sur le système scolaire est non seulement "caricatural", mais qu'il verse dans le mensonge frontal et pas dans l'exagération de traits en partie fondés.

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/primaire/elementaire/Pages/120_centre_stratégique_emplois.aspx

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10 février 2011

Indignes, indécents, révoltants

On le sait (sans s'en émouvoir assez), la droite sarkozyenne a depuis 2007 déjà bien abîmé la démocratie : restrictions budgétaires, nominations et éjections dans les grands médias publics, refonte des circonscriptions législatives assimilable à un bouclier électoral (la Gauche devra faire 53% pour avoir une majorité de députés), réforme territoriale forçant au cumul des mandats au lieu de l'interdire, flicage voire cambriolages ciblés des organes de presse les plus indépendants, possibilité de débattre sereinement mise en cause (voir l'affaire de la conférence annulée de Stéphane Hessel).

 

On le voit (et encore, pas toujours), l'UMP et ses affidés défont un à un, à une vitesse accélérée, par des régressions tissées sur des préjugés ou habilement maquillées en réformes, l'ensemble des services, des valeurs et des outils sur lesquels reposaient nos solidarités et notre « vivre ensemble » déjà mal en point. Les cibles sont l'impôt progressif, la sécurité sociale, l'hôpital, l'école et la culture, la police et la justice, la loi SRU sur la mixité sociale urbaine. Malgré les urgences et la progression des consciences, même les politiques écologiques sont retardées ou délitées (on s'apprête à exploiter du gaz de schiste en parc national des Cévennes), il est vrai derrière la grandiloquence de l'autosatisfaction.

 

On le craint (aussi bien dans la perspective d'une défaite que d'une victoire suivie de déceptions), la Gauche n'est pas encore à la hauteur des défis à relever. Coincée entre ses renoncements et ses naïvetés, sans vision claire, empêtrée dans des guerres de chapelles et des primaires qui tournent au casting sondagier, elle nous pétrifie par ses faiblesses, ses dérives possibles et son pesant silence, bien plus qu'elle nous rassure ou nous donne de l'espoir. 

 

Plein les poches, ce n'est jamais assez

 

Tout cela est déjà bien assez grave. Mais le plus grand motif d'indignation est ailleurs.

 

Presque 3 ans après le début d'une crise économique qui n'est que l'accentuation d'une dépression plus longue, et alors que les ménages rencontrent des difficultés croissantes bientôt décuplées par celles des Etats, l'argent coule à flots dans un nombre restreint de portefeuilles.

 

Les mêmes dont la cupidité et l'irresponsabilité ont mené le monde dans une voie dramatique, brisé des millions d'emplois et cassé des millions de vies, ont non seulement repris leurs jeux favoris mais s'en remettent plein les poches. Au titre de l'exercice 2010, les traders du monde entier se partageront plus 120 miliards de dollars. Dans certaines banques new-yorkaises, des rémunérations de dirigeants augmenteront de 11% malgré des pertes globales, et dans d'autres, pour contourner les timides législations sur les bonus, les salaires fixes des as de la finance seront portés au triple de ce qu'ils étaient avant l'effondrement de Lehman Brothers.

 

Cet argent ne vient pas de nulle part. La « valeur » que ces grands avares ont concentrée, et avec laquelle les financiers nous jouent aux dés, vient de plus en plus fréquemment d'une spéculation qui tue (sur les denrées alimentaires) ou qui bride notre pouvoir d'achat (sur le logement). Parfois, elle s'est bâtie sur la captation d'un patrimoine d'Etat (en Tunisie, en Egypte, en Russie, dans la péninsule arabique). Dans le cas général, elle est la conséquence d'une soif de profits qui presse l'emploi, les salaires, les entreprises et la qualité de leur produit ou de leur service jusqu'à dégager les 15-20% de marge requis. Pour qu'une telle abondance soit si grassement distribuée en haut de la pyramide à une poignée d'individus, il faut inévitablement que des centaines de millions de ceintures aient été serrées très fort bien en-dessous.

 

Au même moment la France, qui affirme haut et fort qu'à la tête du G8 et du G20 elle va « réguler » tout cela, s'apprête « dans ses murs » à remplacer un gros cadeau aux gros revenus – le bouclier fiscal, 800 millions d'euros – par un gigantesque présent aux généreux patrimoines – la disparition de l'ISF, 4 milliards ! Pour masquer la manoeuvre, on sort l'artillerie des hypocrisies. Sans qu'on ne nous l'explique jamais, on invoque « l'indispensable convergence fiscale avec l'Allemagne ». On ajoute à demi-mot que prélever les grandes fortunes c'est faire fuir les talents et les décideurs, leur magot et leurs activités à l'étranger, sans jamais reconnaître avec franchise que ce dumping est un puits sans fond et la triple expression d'un égoïsme triomphant, d'un colossal abandon démocratique et d'une occasion ratée de rendre l'Europe utile.

 

Nos élus UMP sont indignes et indécents. Sont-ils aussi des « fric-addicts »?

 

En même temps qu'il devient insupportable dans tous les sens du terme, le gavage des oies qui nous gouvernent s'effectue aujourd'hui avec un cynisme et un mépris des citoyens d'un niveau jamais atteint.

 

Regroupés au sein d'une caste de plus en plus étanche, les grands pouvoirs de tout type se chouchoutent sur le dos de la nation et contre son intérêt. Ils se font des cadeaux sur argent public (ah, le vol à 120000€ de M. Joyandet), ferment les yeux sur l'évasion fiscale du moment qu'ils en tirent eux-mêmes ou pour leurs proches un profit confortable (n'est-ce pas M. Woerth), quand ils ne s'auto-décorent pas pour se féliciter de vendre du vent ou de la mort (contactez le Mediator). A Paris, on construit un campus « grâce » à Vinci, qui pour garder le maximum d'argent public dans sa cagnotte, est en train d'économiser sur la solidité des murs et la conformité des accès de secours. En province, beaucoup de maires nouent les mêmes « partenariats » dont ils doivent être personnellement très satisfaits...

Dans leurs rêves les plus fous, nos « libéraux » réserveraient bien à leur clientèle des emplois publics défonctionnarisés, ou ne garderaient l'assurance-maladie que pour les affections les plus graves : là au moins, quand l'opération coûte vraiment très cher, même pour eux, les plus riches pourraient bénéficier de la solidarité nationale et des cotisations de millions de travailleurs pauvres !

En attendant, ils travaillent pour nous, enfin pour eux, disons pour l'entre-eux. Comme Jean-François Copé, député-maire-chef de parti qui garde un mi-temps d'avocat qui lui rapporte 17000€ par mois en
plus de ses indemnités de mandats, ce qui en dit long sur l'intérêt de ses clients d'avoir un défenseur si influent. On comprend chaque jour un peu mieux pourquoi certains dictateurs tiennent aussi longtemps sans que nous ne nous offusquions du sort de leurs peuples, et pourquoi même il arrive qu'on les défende ou qu'on leur propose de l'aide policière : il y avait le pétrole, des marchés pour nos
entreprises, la crainte de l'intégrisme (comme s'il ne découlait pas de l'autoritarisme), mais on sait maintenant que nos ministres sont friands d'excursions et de séjours à la fois VIP, all inclusive et low cost en Tunisie, en Egypte, au Maroc. Il y a des crapules plus accueillantes que d'autres.

Du mensonge permanent à la révolte, il y a des exemples et des chemins

 

La victoire la plus éclatante de ces « fric-addicts » est intellectuelle. Depuis vingt ans et jusqu'à présent, leur influence médiatique a réussi à faire passer pour ringarde, utopique ou naïve la thématique de la répartition des richesses. 

Dans le meilleur des cas ils la détournent en nous faisant croire qu'on est à un « basculement » de cette richesse sur le plan mondial, entendez-par là qu'elle va désormais en Chine, en Inde et au Brésil et que nous n'avons plus les moyens de notre Etat-providence : c'en est fini des temps confortables... sauf pour eux bien sûr. La plupart du temps, ils reprennent le refrain usé jusqu'à la corde du manque de croissance car « ma brave dame, on ne peut redistribuer que ce qu'on a gagné ». L'invocation de la croissance, c'est pourtant le discours de celui qui ne partagera le gâteau que quand sa part, la plus grosse, sera encore plus grosse. Malheureusement, il y a encore tant d'honnêtes gens pour ne pas comprendre où passe la monnaie quand il y a 1,5% d'augmentation du PIB mais que le chômage augmente et les salaires stagnent. Tant d'honnêtes gens qui ne s'insurgent pas que des milliardaires puissent acheter plusieurs logements qu'ils n'occupent quasiment pas dans des lieux où ceux qui y vivent n'en trouvent pas un seul à louer.

 

Sommes-nous obligés de continuer longtemps ainsi? Qui décide du sort du monde, et en particulier dans la portion de monde qui dispose de quelques instruments démocratiques? La Tunisie et l'Egypte montrent en ce moment à la planète entière qu'il est possible de changer le cours des choses. Même contre les obstacles a priori les plus insurmontables, même contre des pouvoirs qui lobotomisent et font diversion en désignant des boucs émissaires (les Roms, les juges, les fonctionnaires, l'Islam) ou en dressant les uns contre les autres. 

 

En 2012, surtout, ne plus envoyer le « bling bling » à l'Elysée

 

En 2012, la France se choisira-t-elle un(e) président(e) et des député(e)s qui liront le monde tel qu'il est et voudront le changer? Pour cela, il lui faudra éviter de les recruter dans la caste des « fric-addicts », et trouver au contraire des personnes vaccinées contre la séduction de l'argent, l'appétit pour ce qu'il permet, l'admiration pour ce qu'il sous-entend et l'attirance pour les cercles de fréquentation qu'il dessine. Il faudra constituer une élite « anti-bling bling ».

20 janvier 2011

L'école en grand danger

Cet article ne sera pas exaustif, car parmi les sujets qui font débat dans nos sociétés et dans la sphère politique, il en est de plus vastes, de plus complexes que d'autres, et l'éducation en fait partie. Il est impossible de faire en une courte synthèse le résumé des observations, critiques, atouts et fragilités du système scolaire et d'y ajouter des propositions pertinentes. Contentons-nous ici – avant d'autres mises au point plus resserrées – de soulever quelques-unes des béantes contradictions dont l'école est la victime depuis 2007, et de pointer des dérives, récentes ou programmées pour la réntrée prochaine, qui sont autant de menaces pour l'efficacité de l'enseignement et pour notre société future.

Officiellement, la volonté d'améliorer le système éducatif est là. Pas un mois sans une annonce tonitruante, pas une année sans réforme, pas une émission sans promesse nouvelle ou autosatisfaction ministérielle voire présidentielle en la matière. L'action est d'autant plus nécessaire que nombre de clignotants sont passés à l'orange ou au rouge (les comparaisons internationales peu glorieuses n'étant que la partie émergée de l'iceberg), et que nous n'avons économiquement pas d'autre choix que de bâtir une « société de l'intelligence ». Voilà pour le discours. Mais la réalité, quelle est-elle? Les soins prodigués au malade vont-ils dans le sens de sa guérison ou sont-ils sur le point de l'achever?

1. L'école primaire réduite à la portion congrue?

En France plus qu'ailleurs, on sait que l'école maternelle est une étape indispensable pour la construction de la socialisation, de l'imaginaire et de la logique, du langage et des pré-apprentissages qui facilitent ensuite le passage à l'écriture, la lecture et au calcul. Elle est pourtant purement et simplement menacée de disparition. Mise en doute dans son utilité et son professionnalisme sous Darcos, elle est en passe de ne plus scolariser les moins de 3 ans même dans les quartiers où les enfants ont le plus besoin de trouver à l'extérieur de leur famille une stimulation, des comportements et un vocabulaire appropriés. De manière croissante on refuse les « 3 ans de la fin de l'année » si cela permet d'économiser un poste.

L'école élémentaire est le noyau de tout le système. Elle donne les « outils fondamentaux » sur lesquels on l'a priée de se « recentrer » puisque l'illettrisme progresse, que les mathématiques de base sont de moins en moins maîtrisées, et que les difficultés d'expression et de compréhension écrites se diffusent jusqu'à l'université. Mais elle doit aussi, comme le collège qui suit, fabriquer de la citoyenneté, un socle culturel commun, ouvrir les esprits à tous les métiers, donner envie d'apprendre, ce qui signifie initier aussi les enfants aux sciences, à l'histoire, aux arts, à la réflexion et à la réalisation personnelles.

Cette tâche immense, l'école devait déjà l'accomplir dans un calendrier maladroit, où la journée trop longue côtoyait une année trop courte. Qu'a-t-on fait pour y remédier? On a supprimé une demi-journée dans la semaine, c'est-à-dire réduit de 7% le temps scolaire global sans toucher aux inepties de son aménagement quotidien et annuel. Le soutien occasionnel et quasi-individuel créé en contrepartie donne certes quelques résultats, mais sur des élèves dont le décrochage est léger et ne tient justement qu'à l'accélération des programmes provoquée par la baisse de temps disponible pour les apprentissages : en d'autres termes, ceux qui ont blessé le système ont fourni le pansement ! Mais celui-ci est très partiel : ce soutien, qui alourdit encore la journée des enfants, ne suffit absolument pas pour les élèves dont les besoins d'accompagnement sont les plus forts, et ne peut remplacer les RASED (réseaux d'aides), qui intervenaient pendant le temps scolaire mais que le gouvernement a effacés du paysage depuis 3 ans.

2. Le collège sacrifié sur l'autel de la (suppression de la) carte scolaire

L'enseignement secondaire est en fait la cible préférée de nos dirigeants, qui derrière de bons sentiments voient ici les plus gros gisements d'économie. Qu'il y ait des choses à changer ici ne fait aucun doute, mais à bien regarder les réformes effectuées ou envisagées, le contraste est saisissant entre leur faible pertinence pédagogique et l'opportunité financière, très nette cette fois, qui se cache derrière.

Commençons par le collège. Il est souvent présenté comme « LA » portion du curcus scolaire à revoir en profondeur, parce que c'est là que la mise en échec des élèves et du système tout entier s'exprime le plus violemment. Mais à trop se focaliser sur la forme et le contenu de ses 4 années, on s'aveugle sur les vraies causes de ses problèmes et on risque d'aboutir à des réformes d'une grande bêtise.

Les enfants qui « échouent » au collège dans tous les sens du terme, ont d'abord des handicaps scolaires non-résolus à l'école primaire, et nécessiteraient parfois une plus grande créativité pédagogique pour accrocher à des savoirs qui sont utiles au futur adulte mais bien éloignés de leurs préoccupations d'ados. Est-ce de cela qu'on parle aujourd'hui? Pas le moins du monde.

Par contre, les débats font rage entre deux extrémités aucunement ambitieuses. D'un côté ceux qui veulent la fin du collège pour tous, avec examen d'entrée en 6ème, orientation super-précoce, et maintien d'un collège aux savoirs académiques et variés pour une moitié ou deux tiers seulement d'une classe d'âge. De l'autre, entre naïveté et défaitisme, une partie de la Droite et de la Gauche envisagent de « primariser » davantage le collège en continuant d'abaisser les exigences pour tenter de colmater par l'absurde les difficultés d'une partie significative des élèves. Il est vrai que cela s'accompagnerait d'une évolution vers la bivalence ou la polyvalence des professeurs, qui offre l'avantage de rendre les postes plus « ajustables » aux besoins. Côté pratique en revanche, on oublie au passage que pour bien enseigner, il faut en savoir nettement plus que l'élève, maîtriser non seulement la pédagogie mais aussi la matière dont on veut transmettre le savoir et les outils, et qu'il est déjà bien lourd de se former aux deux.

Pire, avec de telles discussions on évacue le plus gros problème du collège, qui concentre – ou mélange avec d'autres dans une hétérogénéité insurmontable – les élèves les plus en échec et les moins « cadrés ». Une solution partielle aurait consisté à redessiner la carte scolaire, pour rompre sa superposition systématique aux scandaleuses ségrégations urbaines dont souffre notre société. Ainsi, il aurait été possible de distribuer plus régulièrement dans chaque établissement les élèves agités et/ou décrochés, afin qu'il n'y ait plus nulle part de ghettos scolaires où la stagnation est majoritaire, et où faire cours tient déjà du miracle. C'est le contraire qui fut fait : en supprimant totalement la carte scolaire, jusque dans son principe, on sait d'ores et déjà qu'on a provoqué le départ des derniers élèves « faciles » des collèges « difficiles », et littéralement abandonné ces derniers et ceux qui s'y rendent encore.

3. Le lycée : fausse réforme, vraies raisons

« Sur-vendue » par le gouvernement, la réforme des filières générales du lycée est encore plus sournoise et contraire aux objectifs affichés. La liste des preuves donne le tournis.

Il est fréquent d'entendre pêle-mêle que nos sociétés doivent davantage s'ouvrir au monde – notamment aux pays émergents – et mieux le comprendre, que notre jeunesse manque de cohésion et de citoyenneté, que notre pays ne produit plus d'identité collective. Que fait-on pour soigner le mal? On détruit l'horaire, les programmes et les conditions de l'enseignement de l'Histoire-Géographie, en l'éliminant carrément en Terminale S, l'année ou ces jeunes gens deviennent des adultes co-responsables de la conduite de la nation.

Les Français sont mauvais en langues étrangères à cause d'une insuffisante pratique orale. Qu'à cela ne tienne, on ne tiendra désormais plus compte de l'ancienneté de leur apprentissage pour composer les groupes de langues. LV1 et LV2 sont fusionnés dès la Seconde, comme si 2 ou 4 ans de pratique s'équivalaient. Des « ateliers par compétences » ponctuels servent de cache-sexe, mais l'objectif est limpide : supprimer la distinction pour mettre les effectifs au plafond (36-37 élèves, en langues !) et diminuer les besoins horaires en enseignants, donc le nombre de postes...

Il est également intéressant d'analyser sous cet angle la création en septembre dernier d'un accompagnement « personnalisé » (à 18 élèves en moyenne) et d'enseignements exploratoires en Seconde. Théoriquement institués pour aider les élèves à combler leurs lacunes et choisir leur voie, ils ont pour certains d'entre eux l'immense avantage de pouvoir être dispensés par des professeurs de matières différentes, et de pouvoir ainsi servir de « tampon d'ajustement » pour calculer les emplois au plus serré. Idem pour la constitution dès la rentrée prochaine de séries de Première moins différenciées qu'avant, avec 60% de l'emploi du temps en « tronc commun », horaires et contenus identiques même si la forme de l'examen diffère. Officiellement, le but est de permettre la réversibilité du choix d'orientation effectué en fin de Seconde. Officieusement, on pourra désormais regrouper des L, des S et des ES dans des enseignements autrefois « profilés » selon le public, et s'assurer que les salles sont bien pleines !

Autre souci récurrent : il nous faut « créer » plus d'ingénieurs et de chercheurs nous dit-on, mais la pénurie d'heures octroyées aux établissements conduit inexorablement à la diminution du temps de sciences, et au raccourcissement ou à la raréfaction des séances de travaux pratiques. Curieux, non?

Enfin, nos universités étant parait-il bondées d'étudiants mal aiguillés – en dépit d'une information poussée et accessible que les lycéens peuvent négliger – il faudrait améliorer les dispositifs tournant autour de l'orientation. Soit, essayons. Mais comment le faire quand le corps des conseillers d'orientation, six fois plus maigre qu'il y a vingt ans, voit sa disparition programmée et sa mission échoir de manière grandissante à des professeurs principaux déjà surchargés?

4. Où l'obsession de l'amaigrissement du service public nous mène

Cette obsession du rabot, sous-jacente, a eu et aura prochainement d'autres traductions, toujours sous couvert de progrès annoncés et d'adaptations indispensables. La « revalorisation » de la filière professionnelle est bizarrement passée par une réduction de 4 à 3 ans de la formation nécessaire pour obtenir un « bac pro », ce qu'on peut difficilement assimiler à un progrès mais qui a permis d'économiser 25% de moyens en un seul tour de passe-passe ! Un traitement équivalent attend la filière STI, qui prépare les futurs techniciens de l'industrie. Est-ce le pessimisme mal assumé de l'Etat sur l'avenir de ce secteur de l'économie qui le conduit à en regrouper les différentes sous-filières, la volonté de produire des élèves polyvalents et mobiles ? Ou simplement l'envie de mettre les effectifs « au taquet », quitte à ce que les cours magistraux remplacent les séances en atelier face aux machines ?

Le doute n'est plus permis quand on constate qu'il n'y a plus le moindre euro et ni le moindre « titulaire remplaçant » pour suppléer des collègues en congé paternité ou 3 semaines d'arrêt maladie. Forts d'une nouvelle « autonomie » qui fait d'eux les arbitres finaux d'une pénurie décidée plus haut, des chefs d'établissements sont sur le point de suggérer à leurs équipes pédagogiques d'accepter une dégradation sans précédent de leur métier et de la mission dont elles ont la charge.

Les disciplines qu'un récent technocrate a qualifiées de « matières dictées » – les professeurs apprécieront ici la connaissance que le ministère a de leurs pratiques – pourraient être enseignées « en amphi » et à 80 élèves à la fois ! « Préparation au supérieur » répondrons certains, négligeant au passage qu'après le bac, les étudiants sont dans la voie qu'ils ont choisie et autrement plus concentrés, et que les cours y sont souvent appliqués dans une séance de TD séparée et en petits groupes. Autre énormité : pour disposer ponctuellement de groupes à effectif raisonnable, les professeurs de langues seraient amenés à autoriser l'absence des meilleurs élèves pour s'occuper des autres, ce qui certaines semaines, reviendrait à n'avoir les premiers qu'une seule heure. Une heure de langue, voilà une belle manière de fabriquer des bilingues...

Le CNED (centre national d'enseignement à distance) qui réduit la voilure pour être « rentable » voire « privatisable », l'INRP (institut national de la recherche pédagogique) qu'on supprime, les IUFM qu'on raye d'un trait et les stagiaires qu'on assomme de travail sans formation pédagogique, sont aussi de bien mauvais signes. 100000 professeurs ont été rayés du paysage national en moins d'une décennie, et des élus inconscients des formes et de l'intensité de leur travail réclament « 35 heures en établissement » en espérant en supprimer encore autant. Mais que sera alors le métier et le service rendu? La dégradation du système aboutit dès maintenant à un effondrement du nombre de candidats aux concours. Le gouvernement ne réagit pas, trop heureux d'avoir des postes non-pourvus à refiler à des vacataires sous-payés. Encore deux ou trois ans, le concours disparaitra, habilement relayé par la « masterisation » mise en place depuis 2009 : un examen aura remplacé un concours, le statut de fonctionnaire aura vécu et des CDD viendront s'y substituer. Mieux encore, le dispositif CLAIR s'apprête à créer pour des centaines d'établissements « sensibles » un statut dérogatoire. C'est vrai, en « ZEP », mieux valent des paires de gros muscles « sachant se faire respecter » qu'un enseignant savant!

Réduire les coûts, par tous les moyens : l'université y était ! Jusqu'à ce que récemment, Madame Pécresse se rende compte qu'une Licence à 200 heures de cours par semestre, c'était un peu juste pour créer la société de l'intelligence. Faudra-t-il attendre de toucher le fond pour réagir? Laisser se dissoudre un service public solidaire avant de visualiser ce qu'on a perdu? Ou discuter dès maintenant de ce qui cloche, de ce qui va, et arrêter la saignée?

12 janvier 2011

La droite la plus dangereuse du monde ?

9 janvier 2011

Edgar et Joseph voient juste

Sacré Edgar Morin. Voici un texte paru dans Le Monde, qui voit clair sur notre époque charnière.

http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/01/08/1462821.html

Dans la foulée, un petit Stigiltz de Mediapart pour la route.

http://www.mediapart.fr//journal/economie/070111/joseph-stiglitz-au-lieu-de-regler-nos-problemes-nous-les-aggravons

Enfin, un abonné du même Monde qui dit des choses bien vraies...

http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2011/01/03/le-negation-de-la-collectivite_1460194_3232.html

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7 janvier 2011

Wikileaks : l'article le plus clair sur la question

Le patron de Mediapart vient de publier un article limpide, qui remet parfaitement en perspective "l'affaire Wikileaks" et montre ce qui se joue en ce moment dans nos sociétés autour d'Internet et des possibilités ouvertes par la révolution numérique. Lecture indispensable...

http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel/070111/en-defense-dinternet-et-de-wikileaks-3-la-revolution-numerique

6 janvier 2011

Présidentielles : faut-il être de Droite pour être le candidat de la Gauche?

 

En ce début d'année 2011, la question n'est pas si incongrue qu'elle en a l'air. S'il n'y avait eu que la sortie médiatique de Manuel VALLS sur le prétendu nécessaire « déverrouillage des 35 heures », on aurait pu ne pas la poser ainsi, même si l'outrance est grande.

Evidemment le buzz était le premier objectif recherché, et cela a marché. Comme d'habitude dans ce genre de transgression, cette remarque a aussitôt été replacée par son auteur dans une volonté de montrer sa « compréhension du monde des entreprises », d'en « finir avec les postures », de demeurer « réaliste », comme pour accuser du contraire, par effet de miroir, tous ceux de son camp qui ne s'aligneraient pas sur son opinion. Armés des mêmes manipulations du vocabulaire, ses supporteurs ont expliqué qu'eux aussi voulaient une gauche « moderne », tandis que la Droite la plus libérale, qui n'a cure de Valls mais qui a saisi la balle au bond, l'a tout de suite qualifié de « courageux » ou de « lucide », « parlant un langage de vérité », pour mieux disqualifier les autres ponctuellement stigmatisés de « marxistes » ou d'« idéologues ». La question cependant demeure : est-ce bien compatible de s'affirmer de Gauche et de tenir un tel propos sur un tel sujet?

Quand VALLS se trompe sur toute la ligne, est-ce volontaire?

Autant c'est une nécessité de regarder avec distance, nuance, et regrets si nécessaire le bilan des actions passées, autant cette charge déguisée sur les 35 heures paraît à côté de la plaque sur tous les plans. Premièrement par rapport aux faits : le détricotage des 35 heures est déjà accompli, c'est une constante depuis 2002. Deuxièmement sur le plan électoral : à quoi sert d'évoquer ce thème au moment où le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas SARKOZY fait naufrage? Troisièmement, Manuel VALLS oublie qu'il a fait partie de l'équipe de communication de Lionel JOSPIN à l'instant où celui-ci mettait précisément en œuvre cette réforme, et jusqu'à ce jour il n'avait visiblement jamais rien trouvé à redire. Quatrièmement, VALLS a certes besoin de faire entendre sa petite musique pour se démarquer des autres candidats socialistes potentiels à la présidentielle, mais le faire sur un sujet aussi central pour se mettre dans le strict sillage de la Droite, c'est fracturer son parti et en brouiller un peu plus l'image avant d'avoir soumis en interne le moindre débat sur ce point.

Le plus grave, plus encore pour un homme de Gauche, c'est de faire comme s'il ignorait à la fois les apports indubitables de cette loi, son bilan global et détaillé, et la complexité plus générale du sujet qu'est le temps de travail. Or, les 35 heures ont créé – sans qu'il soit possible de le contester – environ 400000 emplois, au cours d'une législature qui a réduit le chômage de 1,1 million en ajoutant à cette mesure les emplois-jeunes et une fiscalité plus redistributive (prime pour l'emploi, dégrèvement de taxe d'habitation pour les très bas revenus). Entre 1997 et 2002, la politique économique du gouvernement a permis à la France de s'enrichir et de créer des emplois plus vite que ses voisins, alors qu'aujourd'hui on bave d'envie devant la « reprise » allemande, et que les heures supplémentaires défiscalisées sont une véritable incitation au licenciement ou au non-recrutement.

Evidemment, il faut reconnaître que la réduction du temps de travail s'est accompagnée de stagnations salariales, déjà entamées auparavant, que les baisses de charges associées ont été trop fortes pour les grandes entreprises et trop faibles pour compenser les contraintes faites aux petites. Oui, il faut admettre que face au discours catastrophiste de certains patrons et vue la faiblesse du tissu syndical, les négociations et les décrets d'application de la loi ont conduit à accroître l'intensité et la pénibilité du travail. Mais est-ce le principe même des 35 heures qui est ici en cause? Il serait surtout temps d'expliquer que le drame de cette réforme, c'est que malgré son efficacité, elle n'avait d'avenir que croisée avec une redistribution des richesses, ce qui dans une économie ouverte et concurrentielle, aurait nécessité que d'autres pays l'imitent (en Europe notamment) et que le libre-échange ne soit pas aussi absolu avec les pays à bas salaires.

Pour un bilan sans concession mais honnête et hyper-documenté de cette réforme (laquelle portait aussi en elle la perspective indispensable d'un temps supplémentaire pour soi, pour les enfants, pour s'investir dans la cité), je ne saurais que trop conseiller – à Manuel VALLS ? - la lecture de l'excellent ouvrage de Sophie DUFAU, Ces chères 35 heures, paru en 2008.

HOLLANDE et les droits d'entrée à l'Université : le comble !

Manuel VALLS est-il le seul sur cette longueur d'onde maladroite ou « mal à droite » ? Pas certain. Au détour d'un article du Monde daté de demain et d'une recherche internet que sa lecture a suscitée, j'ai pris connaissance d'un des points du « pacte intergénérationnel » que s'apprête à développer François HOLLANDE. Quelle n'a pas été ma – très mauvaise – surprise de voir l'ancien Premier Secrétaire y prendre prétexte d'une vraie anomalie (le financement de l'enseignement supérieur opère une redistribution inverse) pour proposer, même de manière modulée, rien moins qu'une hausse des frais d'entrée à l'Université. Y compris s'il le faut, à payer avec des prêts ! Endetter les jeunes pour qu'ils paient eux-mêmes leur formation, moteur de l'ascenseur social, comme on endette les ménages pour maintenir la consommation et la croissance, ou les Etats pour laisser les particuliers et les entreprises les plus riches payer moins d'impôts ! Elle est de Gauche, cette idée? On croit cauchemarder.

Le plus embêtant est que VALLS et HOLLANDE sont loin d'être isolés sur cette ligne, qui n'a plus grand chose de socialiste ou de social-démocrate, et qui ne les différencie plus en rien de la Droite ou du Centre-Droit. Parmi les candidats aux futures primaires socialistes figure aussi un ancien ministre de l'Industrie, Christian PIERRET, dont la détermination à l'emporter est absolue et qui se revendique lui-même « social-libéral », au moment même où le libéralisme économique montre ses pires travers et démontre de plus en plus nettement son caractère antisocial ! Gérard COLLOMB, le maire de Lyon, est de la même veine. Creusez leurs projets économiques et sociaux, et Pierre MOSCOVICI ou DSK risquent de réserver les mêmes « surprises ». Chez Ségolène ROYAL, le discours reste à Gauche devant les ouvriers maltraités mais les démonstrations détaillées et cohérentes manquent pour ne pas craindre les mêmes dérives. Arnaud MONTEBOURG ne faisant pas de ces sujets le cœur de ses propositions, on le cerne mal. Seule, un peu trop seule, Martine AUBRY semble – lorsqu'elle aborde le fond – être capable de faire le tri tout en gardant le cap. Semble, ai-je dit.

Il va falloir investir les primaires du PS !

Mais à quoi jouent donc ces socialistes droitiers? Certains diront qu'ils cherchent à paraître « crédibles » en abandonnant une partie de leurs idéaux initiaux, prétendument devenus infinançables ou jugés électoralement trop clivants. Sans reprendre les réflexions d'une précédente série d'articles sur les renoncements et les hésitations de la Gauche face au monde actuel, je me contenterai de voir là un moyen de mordre au centre de l'échiquier politique, vu comme la clé d'un scrutin présidentiel dont la finale ne se joue qu'à deux. Et ce, au risque de brouiller les cartes, de perdre les électeurs de Gauche et de ne pas franchir le premier tour.

Toutefois, il y a peut-être une autre raison à cette dérive : les primaires. Ouvertes à tous, elles peuvent théoriquement voir participer à la sélection du candidat de Gauche l'ensemble des électeurs inscrits sur les listes communales, y compris les électeurs de Droite. Ceux-ci seront tentés d'y participer pour se protéger d'un candidat trop à Gauche ou trop rassembleur au sein de la Gauche, et ainsi mieux préparer la réélection de Nicolas SARKOZY, tandis que les électeurs de la gauche hors-PS risquent de faire la fine bouche en prétextant que de toute façon, cette famille socialiste n'est pas ou plus la leur.

Le calcul de VALLS peut s'inspirer d'un tel scénario : en rassurant la Droite il compte la mobiliser et ratisser large pour gagner les primaires si DSK reste au FMI, et espère ensuite que des Français rassasiés de sarkozysme le choisiront, même si c'est par défaut ou sans grand enthousiasme pour les forces les plus progressistes. Dérive libérale flagrante, renoncement à faire gagner des idées en se calquant sur un état prétendu de l'opinion qu'on ne cherche plus à modifier, ou encore stratégie pure mais risquée ; peu importe finalement. Dans un tel contexte, ce qu'il faut pour nous, femmes et hommes de Gauche, c'est participer aux primaires pour éviter les pires !

28 décembre 2010

Nicolas Sarkozy et les 4 618 600 chômeurs

25 décembre 2010

Au bord du gouffre, que fait la Gauche ? (4)

(4. L'indispensable chantier d'une Gauche unie)

par Fabrice MAUCCI

le 25 décembre 2010

Pour que la Gauche française comprenne, convainque et transforme la société, il lui reste un dernier obstacle à franchir, celui de l'unité.

Elle est d'abord dans l'intérêt de ses leaders s'ils veulent garder une chance d'accéder à l'Elysée. Vis-à-vis de médias d'autant plus friands de querelles internes qu'elles ont lieu à Gauche, réunir ses composantes permettrait de clarifier le choix pour les Français (de « ré-idéologiser » le débat), d'améliorer la lisibilité et la crédibilité de l'ensemble, et de consacrer une plus grande part des interviews et analyses aux propositions de fond. D'autre part, l'émiettement et le rééquilibrage actuels des différentes sensibilités de la Gauche engendrent un terrible risque politique, celui de ne jamais plus être au second tour de l'élection présidentielle, que ce soit avec un FN fort comme en 2002, un centre aussi costaud qu'en 2007 ou un duel fratricide à droite comme en 1995.

Lionel Jospin il y a quinze ans et Ségolène Royal il y a trois ans, ont franchi la barrière avec 23 et 25% des suffrages exprimés, correspondant à l'électorat radical, chevènementiste et socialiste. En revanche, Jospin a trébuché à 16% en 2002, manquant la qualification de moins d'un point parce que les deux premières composantes citées avaient leur propre candidat pour 5 et 2%, et parce que de sondages assommants en désillusions politiques, l'abstention avait progressé. Depuis 2007, Jean-Luc Mélenchon a quitté le PS, prélevant au moins 5 points sur son potentiel électoral, tandis qu'Europe Ecologie a effectué son essor en captant aussi une part d'électeurs socialistes. Que faudra-t-il conclure si demain le PS et EE font 18% chacun et Mélenchon 10%, devancés par une droite globalement minoritaire avec Sarkozy à 22% et Marine Le Pen à 20% ?

L'autre bonne raison de vouloir un grand parti de la Gauche – en plus démocratique que l'UMP évidemment – est qu'aujourd'hui, aucune composante de cette grande famille politique n'a de projet global crédible mais toutes ont une spécialité ou des thèmes sur lesquels elles ont indéniablement raison. Le PS est grandement responsable de cet éparpillement, lui qui reste souvent sourd aux nouveaux sujets politiques, assez fermé aux individus novateurs, et qui a préféré « sous-traiter » avec ses anciens alliés de la « Gauche plurielle » pour éviter la cacophonie (mais pas les déceptions).

Il n'est ainsi pas complètement erroné de dire que la Gauche pourrait s'insiprer :

  • du MRC sur les questions de sécurité, d'autorité de l'Etat, d'immigration,

  • du PRG sur la laïcité et la tolérance culturelle,

  • du PG sur l'Europe et la régulation de la mondialisation,

  • du PCF sur la défense des services publics et la fiscalité,

  • de l'expérience d'un Védrine pour les relations internationales,

  • des positions de DSK sur l'entreprise, de Delanoë ou d'un Axel Kahn sur l'éthique,

  • des réflexions d'un Montebourg et d'une Eva Joly sur la refonte de notre démocratie,

  • des révoltes et des justesses d'un Albert Jacquard ou d'un Jean Ziegler,

  • et évidemment d'EE-Les Verts sur les questions écologiques au sens large, de la santé à l'énergie en passant par les transports et l'agriculture.

Non seulement ces positions sont rarement incompatibles, mais elles peuvent fabriquer un tout à la fois cohérent et animé par le débat d'idées. Les ciments sont multiples :

  • la lutte contre l'injustice et les inégalités, pour l'égalité et l'émancipation des individus,

  • l'ouverture d'esprit, la tolérance et la raison contre l'obscurantisme et les préjugés,

  • la recherche d'un progrès durable et partagé,

  • le renforcement d'engagements et d'outils collectifs là où ils produisent de l'équité, de la solidarité, de l'efficacité et de la pérennité,

  • une volonté d'approfondir et d'assainir la démocratie.

Souhaitons simplement qu'il n'y ait pas besoin d'un nouvel échec national pour que la Gauche prenne conscience de l'unité possible et de ses avantages.

24 décembre 2010

Au bord du gouffre, que fait la Gauche ? (3)

(3. Pour une Gauche sans naïvetés ni renoncements)

par Fabrice MAUCCI

le 24 décembre 2010

La Gauche peut-elle l'emporter en France en 2012 ? Cette question semble plus que jamais liée aux deux qui lui font suite en général : comment, et surtout pour quoi faire ?

Pas plus dans seize mois qu'il y a 3 ans et demi, le balancier démocratique ne suffira. Pour que la Gauche emporte autre chose que des trophées locaux et régionaux – certes fondamentaux sur certains points – il lui faut établir une confiance et provoquer une mobilisation qui ne seront possibles qu'à partir de l'émission d'un certain nombre de signaux.

Aujourd'hui, le cirque médiatique tout entier reproche à la Gauche son absence de programme, tout en ne focalisant son attention et la nôtre que sur les enjeux de personnes. Cependant, les Français ont compris que derrière ces femmes et ces hommes on trouve des sensibilités très différentes. S'ils sont réellement convoqués à des « primaires » en 2011, ils seront d'ailleurs moins dupes des sondages et plus exigeants sur le fond que les militants de base trop souvent transformés en groupies et enferrés dans leurs écuries respectives. Est-ce pour cela que les appareils ne sont pas pressés d'en activer le calendrier? En tout cas, pour convaincre, il faudra aller au-delà du « casting » et des petites phrases, rencontrer le pays, et cela prend du temps.

La Gauche ne manque d'ailleurs pas de leaders : Mélenchon, Duflot, Joly, Montebourg, Fabius, Hollande, Aubry, Delanoë, DSK ou Royal n'ont pas moins de crédibilité que Sarkozy. Par contre elle cherche toujours un projet de société cohérent, et sans toujours s'en rendre compte elle manque aussi d'une unité adaptée à ce projet comme à nos institutions « présidentialistes ». Rappelons que ces dernières – qu'on les apprécie ou pas – sont l'actuelle règle du jeu et que ne pas s'y adapter c'est prendre le risque de ne jamais plus atteindre le pouvoir.

Sur la route d'un tel projet, le premier écueil serait d'adopter ce que j'appelle un faux réalisme économique, c'est-à-dire un défaitisme face au capitalisme financier, un renoncement face à une compétition sans règles, un pragmatisme du colmatage alors que la mécanique économique planétaire fonctionne contre nos idéaux. Ce n'est pas d'un toilettage dont les gens veulent ; ils ne souhaitent pas non plus l'isolement ou un retour à de vieilles lunes.

Ils attendent une économie dans laquelle le marché soit encadré, régulé, influencé, contrôlable, et dont restent protégés ou extraits des secteurs qui touchent au plus près à l'intérêt public ou à la sécurité de chacun : la situation rend cela urgent en matière agricole ou de logement. Ils jugent indispensable, pour redresser leurs services publics, préserver leur protection sociale et rembourser une dette qui n'est pas que la leur, une justice fiscale que les plus fortunés et les grands groupes ne pourraient plus contourner grâce aux paradis fiscaux et à la « libre » circulation des capitaux. Ils n'acceptent plus une compétition prédatrice faite de dumping salarial, social ou écologique, ni les promesses d'une « division internationale du travail » de conception fumeuse, raciste et irréaliste dans laquelle nous abandonnerions nos usines pour garder la conception et le « haut de gamme ».

Sur tous ces points, les Français dans leur grande majorité veulent de l'action, mondiale si c'est possible, européenne dans l'idéal, unilatérale et plus subtile s'il le faut. En tout cas, que la France pèse et parle au monde différemment.

La Gauche doit montrer qu'il est possible d'encourager l'entreprise, de stimuler l'innovation, de souhaiter l'enrichissement et l'élévation sociale de l'individu sans accepter que cela se fasse en écrasant les salaires, en bafouant le droit du travail ou en échappant à l'impôt. La Gauche doit se réapproprier la « valeur travail » pour favoriser l'embauche et la faire rémunérer au mieux. Elle doit défendre une « méritocratie solidaire » face à « l'héritocratie égoïste » que construit chaque jour la Droite. De nouvelles règles, une transparence accrue et une révolution fiscale doivent permettre une nouvelle orientation des richesses, dès leur distribution dans l'entreprise, par l'information et les choix des consommateurs, et à défaut par la redistribution – pour redonner entre autres de la qualité de vie aux plus modestes. La Gauche doit aussi améliorer de manière visible l'efficacité des services publics, et impliquer davantage les citoyens dans leur gestion quand cela relève de leur compétence.

Sans naïvetés ni renoncements, la Gauche doit l'être aussi sur l'ensemble des questions qui taraudent la société française, en particulier celles que l'extrême-droite exacerbe et dont la droite profite, à moins que ce ne soit l'inverse. La Gauche doit accorder ses principes avec une « expertise du terrain », c'est-à-dire ne plus nier certaines réalités dérangeantes, et ne pas pour autant caresser les préjugés dans le sens du poil. Etre de Gauche, c'est admettre que la société est complexe et qu'il est encore plus complexe de l'expliquer et de la guérir. Etre de Gauche, c'est écouter, interpréter, confronter, expliquer avant de décider.

Oui, dans certains quartiers notre jungle économique, l'incompréhension mutuelle et la perte d'autorité (des familles et de l'Etat) ont accouché d'une jungle sociale inadmissible, aggravée par l'économie illégale et la ségrégation scolaire. Oui, après plus d'une génération de relégation, des jeunes gens, des familles entières, des clans abîment la vie des autres et ne respectent rien. Pour corriger cela, l'action à mener est dense (tout le monde le sent), et d'autant plus coûteuse qu'elle sera longue et multiforme (seule la Gauche le dit et a raison sur ce point) si on veut qu'elle réussisse : éducative, économique, culturelle, urbaine, policière, judiciaire. Il faut avoir le courage d'envisager des actions d'encerclement armé comme au Brésil pour tuer durablement les trafics, et en même temps de créer des « écoles de parents », de suivre et disperser les élèves en difficulté dans l'ensemble des établissements scolaires, ou de réaffirmer que la prison française n'est pas un lieu de résorption mais d'aggravation des problèmes et qu'autre chose est à inventer à la place.

La laïcité est un autre exemple de ces débats que la Gauche doit trancher et faire partager. A nous de réaffirmer que la France est arrivée à un point de développement scientifique, social et de conquêtes des droits qui fait qu'elle ne tolère pas la privation de liberté des uns ou des autres pour des raisons religieuses. A nous de faire comprendre et respecter cette liberté, dès l'école. A nous aussi d'expliquer que les cultures se valent, que la culture n'est pas que la religion, que la religion est un choix personnel et privé. Parallèlement, à nous aussi de trouver une solution pour qu'il n'y ait plus d'églises réparées sur fonds publics pendant que les français musulmans prient dans des caves ou dans des rues fautes de mosquées dignes, de laisser à chacun la liberté absolue de certains jours de congés pour des raisons personnelles car l'Aïd ou le Kippour valent bien Noël. A nous de nous battre avec une vigueur exceptionnelle contre les discriminations ethniques qui minent la nation.

La liste est encore longue de sujets où il faudrait sortir des caricatures, des préjugés et des solutions miracles, dans un sens comme dans l'autre : l'éducation en serait un. Nous l'aborderons une autre fois.

Enfin, si la présidence Sarkozy a martelé une évidence, c'est que notre démocratie n'est pas assez mûre, qu'elle manque de transparence, d'indépendance de la presse et de la justice, d'instances de contrôle et de décision par les citoyens eux-mêmes ou les minorités d'assemblées. La politique doit être morale, ce qui suppose que les élus soient désormais individuellement et collectivement irréprochables, et pleinement responsables de leurs actes. Il faut bannir le cumul des mandats, lutter réellement contre les conflits d'intérêts et affaiblir la portée politique du mensonge.

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