Pour le parti du Progrès

14 février 2011

Trop de fonctionnaires trop payés, à l'école notamment

Voici un préjugé maintes fois répété, colporté, dont on peut malheureusement dire qu'il a la vie dure. Mais un rapport demandé par le pouvoir montre le contraire (voir le lien ci-dessous)  ! Il restera ensuite à tordre le cou du préjugé sur le temps de travail des enseignants et on verra alors que le discours ambiant sur le système scolaire est non seulement "caricatural", mais qu'il verse dans le mensonge frontal et pas dans l'exagération de traits en partie fondés.

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/primaire/elementaire/Pages/120_centre_stratégique_emplois.aspx

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10 février 2011

Indignes, indécents, révoltants

On le sait (sans s'en émouvoir assez), la droite sarkozyenne a depuis 2007 déjà bien abîmé la démocratie : restrictions budgétaires, nominations et éjections dans les grands médias publics, refonte des circonscriptions législatives assimilable à un bouclier électoral (la Gauche devra faire 53% pour avoir une majorité de députés), réforme territoriale forçant au cumul des mandats au lieu de l'interdire, flicage voire cambriolages ciblés des organes de presse les plus indépendants, possibilité de débattre sereinement mise en cause (voir l'affaire de la conférence annulée de Stéphane Hessel).

 

On le voit (et encore, pas toujours), l'UMP et ses affidés défont un à un, à une vitesse accélérée, par des régressions tissées sur des préjugés ou habilement maquillées en réformes, l'ensemble des services, des valeurs et des outils sur lesquels reposaient nos solidarités et notre « vivre ensemble » déjà mal en point. Les cibles sont l'impôt progressif, la sécurité sociale, l'hôpital, l'école et la culture, la police et la justice, la loi SRU sur la mixité sociale urbaine. Malgré les urgences et la progression des consciences, même les politiques écologiques sont retardées ou délitées (on s'apprête à exploiter du gaz de schiste en parc national des Cévennes), il est vrai derrière la grandiloquence de l'autosatisfaction.

 

On le craint (aussi bien dans la perspective d'une défaite que d'une victoire suivie de déceptions), la Gauche n'est pas encore à la hauteur des défis à relever. Coincée entre ses renoncements et ses naïvetés, sans vision claire, empêtrée dans des guerres de chapelles et des primaires qui tournent au casting sondagier, elle nous pétrifie par ses faiblesses, ses dérives possibles et son pesant silence, bien plus qu'elle nous rassure ou nous donne de l'espoir. 

 

Plein les poches, ce n'est jamais assez

 

Tout cela est déjà bien assez grave. Mais le plus grand motif d'indignation est ailleurs.

 

Presque 3 ans après le début d'une crise économique qui n'est que l'accentuation d'une dépression plus longue, et alors que les ménages rencontrent des difficultés croissantes bientôt décuplées par celles des Etats, l'argent coule à flots dans un nombre restreint de portefeuilles.

 

Les mêmes dont la cupidité et l'irresponsabilité ont mené le monde dans une voie dramatique, brisé des millions d'emplois et cassé des millions de vies, ont non seulement repris leurs jeux favoris mais s'en remettent plein les poches. Au titre de l'exercice 2010, les traders du monde entier se partageront plus 120 miliards de dollars. Dans certaines banques new-yorkaises, des rémunérations de dirigeants augmenteront de 11% malgré des pertes globales, et dans d'autres, pour contourner les timides législations sur les bonus, les salaires fixes des as de la finance seront portés au triple de ce qu'ils étaient avant l'effondrement de Lehman Brothers.

 

Cet argent ne vient pas de nulle part. La « valeur » que ces grands avares ont concentrée, et avec laquelle les financiers nous jouent aux dés, vient de plus en plus fréquemment d'une spéculation qui tue (sur les denrées alimentaires) ou qui bride notre pouvoir d'achat (sur le logement). Parfois, elle s'est bâtie sur la captation d'un patrimoine d'Etat (en Tunisie, en Egypte, en Russie, dans la péninsule arabique). Dans le cas général, elle est la conséquence d'une soif de profits qui presse l'emploi, les salaires, les entreprises et la qualité de leur produit ou de leur service jusqu'à dégager les 15-20% de marge requis. Pour qu'une telle abondance soit si grassement distribuée en haut de la pyramide à une poignée d'individus, il faut inévitablement que des centaines de millions de ceintures aient été serrées très fort bien en-dessous.

 

Au même moment la France, qui affirme haut et fort qu'à la tête du G8 et du G20 elle va « réguler » tout cela, s'apprête « dans ses murs » à remplacer un gros cadeau aux gros revenus – le bouclier fiscal, 800 millions d'euros – par un gigantesque présent aux généreux patrimoines – la disparition de l'ISF, 4 milliards ! Pour masquer la manoeuvre, on sort l'artillerie des hypocrisies. Sans qu'on ne nous l'explique jamais, on invoque « l'indispensable convergence fiscale avec l'Allemagne ». On ajoute à demi-mot que prélever les grandes fortunes c'est faire fuir les talents et les décideurs, leur magot et leurs activités à l'étranger, sans jamais reconnaître avec franchise que ce dumping est un puits sans fond et la triple expression d'un égoïsme triomphant, d'un colossal abandon démocratique et d'une occasion ratée de rendre l'Europe utile.

 

Nos élus UMP sont indignes et indécents. Sont-ils aussi des « fric-addicts »?

 

En même temps qu'il devient insupportable dans tous les sens du terme, le gavage des oies qui nous gouvernent s'effectue aujourd'hui avec un cynisme et un mépris des citoyens d'un niveau jamais atteint.

 

Regroupés au sein d'une caste de plus en plus étanche, les grands pouvoirs de tout type se chouchoutent sur le dos de la nation et contre son intérêt. Ils se font des cadeaux sur argent public (ah, le vol à 120000€ de M. Joyandet), ferment les yeux sur l'évasion fiscale du moment qu'ils en tirent eux-mêmes ou pour leurs proches un profit confortable (n'est-ce pas M. Woerth), quand ils ne s'auto-décorent pas pour se féliciter de vendre du vent ou de la mort (contactez le Mediator). A Paris, on construit un campus « grâce » à Vinci, qui pour garder le maximum d'argent public dans sa cagnotte, est en train d'économiser sur la solidité des murs et la conformité des accès de secours. En province, beaucoup de maires nouent les mêmes « partenariats » dont ils doivent être personnellement très satisfaits...

Dans leurs rêves les plus fous, nos « libéraux » réserveraient bien à leur clientèle des emplois publics défonctionnarisés, ou ne garderaient l'assurance-maladie que pour les affections les plus graves : là au moins, quand l'opération coûte vraiment très cher, même pour eux, les plus riches pourraient bénéficier de la solidarité nationale et des cotisations de millions de travailleurs pauvres !

En attendant, ils travaillent pour nous, enfin pour eux, disons pour l'entre-eux. Comme Jean-François Copé, député-maire-chef de parti qui garde un mi-temps d'avocat qui lui rapporte 17000€ par mois en
plus de ses indemnités de mandats, ce qui en dit long sur l'intérêt de ses clients d'avoir un défenseur si influent. On comprend chaque jour un peu mieux pourquoi certains dictateurs tiennent aussi longtemps sans que nous ne nous offusquions du sort de leurs peuples, et pourquoi même il arrive qu'on les défende ou qu'on leur propose de l'aide policière : il y avait le pétrole, des marchés pour nos
entreprises, la crainte de l'intégrisme (comme s'il ne découlait pas de l'autoritarisme), mais on sait maintenant que nos ministres sont friands d'excursions et de séjours à la fois VIP, all inclusive et low cost en Tunisie, en Egypte, au Maroc. Il y a des crapules plus accueillantes que d'autres.

Du mensonge permanent à la révolte, il y a des exemples et des chemins

 

La victoire la plus éclatante de ces « fric-addicts » est intellectuelle. Depuis vingt ans et jusqu'à présent, leur influence médiatique a réussi à faire passer pour ringarde, utopique ou naïve la thématique de la répartition des richesses. 

Dans le meilleur des cas ils la détournent en nous faisant croire qu'on est à un « basculement » de cette richesse sur le plan mondial, entendez-par là qu'elle va désormais en Chine, en Inde et au Brésil et que nous n'avons plus les moyens de notre Etat-providence : c'en est fini des temps confortables... sauf pour eux bien sûr. La plupart du temps, ils reprennent le refrain usé jusqu'à la corde du manque de croissance car « ma brave dame, on ne peut redistribuer que ce qu'on a gagné ». L'invocation de la croissance, c'est pourtant le discours de celui qui ne partagera le gâteau que quand sa part, la plus grosse, sera encore plus grosse. Malheureusement, il y a encore tant d'honnêtes gens pour ne pas comprendre où passe la monnaie quand il y a 1,5% d'augmentation du PIB mais que le chômage augmente et les salaires stagnent. Tant d'honnêtes gens qui ne s'insurgent pas que des milliardaires puissent acheter plusieurs logements qu'ils n'occupent quasiment pas dans des lieux où ceux qui y vivent n'en trouvent pas un seul à louer.

 

Sommes-nous obligés de continuer longtemps ainsi? Qui décide du sort du monde, et en particulier dans la portion de monde qui dispose de quelques instruments démocratiques? La Tunisie et l'Egypte montrent en ce moment à la planète entière qu'il est possible de changer le cours des choses. Même contre les obstacles a priori les plus insurmontables, même contre des pouvoirs qui lobotomisent et font diversion en désignant des boucs émissaires (les Roms, les juges, les fonctionnaires, l'Islam) ou en dressant les uns contre les autres. 

 

En 2012, surtout, ne plus envoyer le « bling bling » à l'Elysée

 

En 2012, la France se choisira-t-elle un(e) président(e) et des député(e)s qui liront le monde tel qu'il est et voudront le changer? Pour cela, il lui faudra éviter de les recruter dans la caste des « fric-addicts », et trouver au contraire des personnes vaccinées contre la séduction de l'argent, l'appétit pour ce qu'il permet, l'admiration pour ce qu'il sous-entend et l'attirance pour les cercles de fréquentation qu'il dessine. Il faudra constituer une élite « anti-bling bling ».

Posté par fabricemaucci à 15:44 - Pour une démocratie régénérée - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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20 janvier 2011

L'école en grand danger

Cet article ne sera pas exaustif, car parmi les sujets qui font débat dans nos sociétés et dans la sphère politique, il en est de plus vastes, de plus complexes que d'autres, et l'éducation en fait partie. Il est impossible de faire en une courte synthèse le résumé des observations, critiques, atouts et fragilités du système scolaire et d'y ajouter des propositions pertinentes. Contentons-nous ici – avant d'autres mises au point plus resserrées – de soulever quelques-unes des béantes contradictions dont l'école est la victime depuis 2007, et de pointer des dérives, récentes ou programmées pour la réntrée prochaine, qui sont autant de menaces pour l'efficacité de l'enseignement et pour notre société future.

Officiellement, la volonté d'améliorer le système éducatif est là. Pas un mois sans une annonce tonitruante, pas une année sans réforme, pas une émission sans promesse nouvelle ou autosatisfaction ministérielle voire présidentielle en la matière. L'action est d'autant plus nécessaire que nombre de clignotants sont passés à l'orange ou au rouge (les comparaisons internationales peu glorieuses n'étant que la partie émergée de l'iceberg), et que nous n'avons économiquement pas d'autre choix que de bâtir une « société de l'intelligence ». Voilà pour le discours. Mais la réalité, quelle est-elle? Les soins prodigués au malade vont-ils dans le sens de sa guérison ou sont-ils sur le point de l'achever?

1. L'école primaire réduite à la portion congrue?

En France plus qu'ailleurs, on sait que l'école maternelle est une étape indispensable pour la construction de la socialisation, de l'imaginaire et de la logique, du langage et des pré-apprentissages qui facilitent ensuite le passage à l'écriture, la lecture et au calcul. Elle est pourtant purement et simplement menacée de disparition. Mise en doute dans son utilité et son professionnalisme sous Darcos, elle est en passe de ne plus scolariser les moins de 3 ans même dans les quartiers où les enfants ont le plus besoin de trouver à l'extérieur de leur famille une stimulation, des comportements et un vocabulaire appropriés. De manière croissante on refuse les « 3 ans de la fin de l'année » si cela permet d'économiser un poste.

L'école élémentaire est le noyau de tout le système. Elle donne les « outils fondamentaux » sur lesquels on l'a priée de se « recentrer » puisque l'illettrisme progresse, que les mathématiques de base sont de moins en moins maîtrisées, et que les difficultés d'expression et de compréhension écrites se diffusent jusqu'à l'université. Mais elle doit aussi, comme le collège qui suit, fabriquer de la citoyenneté, un socle culturel commun, ouvrir les esprits à tous les métiers, donner envie d'apprendre, ce qui signifie initier aussi les enfants aux sciences, à l'histoire, aux arts, à la réflexion et à la réalisation personnelles.

Cette tâche immense, l'école devait déjà l'accomplir dans un calendrier maladroit, où la journée trop longue côtoyait une année trop courte. Qu'a-t-on fait pour y remédier? On a supprimé une demi-journée dans la semaine, c'est-à-dire réduit de 7% le temps scolaire global sans toucher aux inepties de son aménagement quotidien et annuel. Le soutien occasionnel et quasi-individuel créé en contrepartie donne certes quelques résultats, mais sur des élèves dont le décrochage est léger et ne tient justement qu'à l'accélération des programmes provoquée par la baisse de temps disponible pour les apprentissages : en d'autres termes, ceux qui ont blessé le système ont fourni le pansement ! Mais celui-ci est très partiel : ce soutien, qui alourdit encore la journée des enfants, ne suffit absolument pas pour les élèves dont les besoins d'accompagnement sont les plus forts, et ne peut remplacer les RASED (réseaux d'aides), qui intervenaient pendant le temps scolaire mais que le gouvernement a effacés du paysage depuis 3 ans.

2. Le collège sacrifié sur l'autel de la (suppression de la) carte scolaire

L'enseignement secondaire est en fait la cible préférée de nos dirigeants, qui derrière de bons sentiments voient ici les plus gros gisements d'économie. Qu'il y ait des choses à changer ici ne fait aucun doute, mais à bien regarder les réformes effectuées ou envisagées, le contraste est saisissant entre leur faible pertinence pédagogique et l'opportunité financière, très nette cette fois, qui se cache derrière.

Commençons par le collège. Il est souvent présenté comme « LA » portion du curcus scolaire à revoir en profondeur, parce que c'est là que la mise en échec des élèves et du système tout entier s'exprime le plus violemment. Mais à trop se focaliser sur la forme et le contenu de ses 4 années, on s'aveugle sur les vraies causes de ses problèmes et on risque d'aboutir à des réformes d'une grande bêtise.

Les enfants qui « échouent » au collège dans tous les sens du terme, ont d'abord des handicaps scolaires non-résolus à l'école primaire, et nécessiteraient parfois une plus grande créativité pédagogique pour accrocher à des savoirs qui sont utiles au futur adulte mais bien éloignés de leurs préoccupations d'ados. Est-ce de cela qu'on parle aujourd'hui? Pas le moins du monde.

Par contre, les débats font rage entre deux extrémités aucunement ambitieuses. D'un côté ceux qui veulent la fin du collège pour tous, avec examen d'entrée en 6ème, orientation super-précoce, et maintien d'un collège aux savoirs académiques et variés pour une moitié ou deux tiers seulement d'une classe d'âge. De l'autre, entre naïveté et défaitisme, une partie de la Droite et de la Gauche envisagent de « primariser » davantage le collège en continuant d'abaisser les exigences pour tenter de colmater par l'absurde les difficultés d'une partie significative des élèves. Il est vrai que cela s'accompagnerait d'une évolution vers la bivalence ou la polyvalence des professeurs, qui offre l'avantage de rendre les postes plus « ajustables » aux besoins. Côté pratique en revanche, on oublie au passage que pour bien enseigner, il faut en savoir nettement plus que l'élève, maîtriser non seulement la pédagogie mais aussi la matière dont on veut transmettre le savoir et les outils, et qu'il est déjà bien lourd de se former aux deux.

Pire, avec de telles discussions on évacue le plus gros problème du collège, qui concentre – ou mélange avec d'autres dans une hétérogénéité insurmontable – les élèves les plus en échec et les moins « cadrés ». Une solution partielle aurait consisté à redessiner la carte scolaire, pour rompre sa superposition systématique aux scandaleuses ségrégations urbaines dont souffre notre société. Ainsi, il aurait été possible de distribuer plus régulièrement dans chaque établissement les élèves agités et/ou décrochés, afin qu'il n'y ait plus nulle part de ghettos scolaires où la stagnation est majoritaire, et où faire cours tient déjà du miracle. C'est le contraire qui fut fait : en supprimant totalement la carte scolaire, jusque dans son principe, on sait d'ores et déjà qu'on a provoqué le départ des derniers élèves « faciles » des collèges « difficiles », et littéralement abandonné ces derniers et ceux qui s'y rendent encore.

3. Le lycée : fausse réforme, vraies raisons

« Sur-vendue » par le gouvernement, la réforme des filières générales du lycée est encore plus sournoise et contraire aux objectifs affichés. La liste des preuves donne le tournis.

Il est fréquent d'entendre pêle-mêle que nos sociétés doivent davantage s'ouvrir au monde – notamment aux pays émergents – et mieux le comprendre, que notre jeunesse manque de cohésion et de citoyenneté, que notre pays ne produit plus d'identité collective. Que fait-on pour soigner le mal? On détruit l'horaire, les programmes et les conditions de l'enseignement de l'Histoire-Géographie, en l'éliminant carrément en Terminale S, l'année ou ces jeunes gens deviennent des adultes co-responsables de la conduite de la nation.

Les Français sont mauvais en langues étrangères à cause d'une insuffisante pratique orale. Qu'à cela ne tienne, on ne tiendra désormais plus compte de l'ancienneté de leur apprentissage pour composer les groupes de langues. LV1 et LV2 sont fusionnés dès la Seconde, comme si 2 ou 4 ans de pratique s'équivalaient. Des « ateliers par compétences » ponctuels servent de cache-sexe, mais l'objectif est limpide : supprimer la distinction pour mettre les effectifs au plafond (36-37 élèves, en langues !) et diminuer les besoins horaires en enseignants, donc le nombre de postes...

Il est également intéressant d'analyser sous cet angle la création en septembre dernier d'un accompagnement « personnalisé » (à 18 élèves en moyenne) et d'enseignements exploratoires en Seconde. Théoriquement institués pour aider les élèves à combler leurs lacunes et choisir leur voie, ils ont pour certains d'entre eux l'immense avantage de pouvoir être dispensés par des professeurs de matières différentes, et de pouvoir ainsi servir de « tampon d'ajustement » pour calculer les emplois au plus serré. Idem pour la constitution dès la rentrée prochaine de séries de Première moins différenciées qu'avant, avec 60% de l'emploi du temps en « tronc commun », horaires et contenus identiques même si la forme de l'examen diffère. Officiellement, le but est de permettre la réversibilité du choix d'orientation effectué en fin de Seconde. Officieusement, on pourra désormais regrouper des L, des S et des ES dans des enseignements autrefois « profilés » selon le public, et s'assurer que les salles sont bien pleines !

Autre souci récurrent : il nous faut « créer » plus d'ingénieurs et de chercheurs nous dit-on, mais la pénurie d'heures octroyées aux établissements conduit inexorablement à la diminution du temps de sciences, et au raccourcissement ou à la raréfaction des séances de travaux pratiques. Curieux, non?

Enfin, nos universités étant parait-il bondées d'étudiants mal aiguillés – en dépit d'une information poussée et accessible que les lycéens peuvent négliger – il faudrait améliorer les dispositifs tournant autour de l'orientation. Soit, essayons. Mais comment le faire quand le corps des conseillers d'orientation, six fois plus maigre qu'il y a vingt ans, voit sa disparition programmée et sa mission échoir de manière grandissante à des professeurs principaux déjà surchargés?

4. Où l'obsession de l'amaigrissement du service public nous mène

Cette obsession du rabot, sous-jacente, a eu et aura prochainement d'autres traductions, toujours sous couvert de progrès annoncés et d'adaptations indispensables. La « revalorisation » de la filière professionnelle est bizarrement passée par une réduction de 4 à 3 ans de la formation nécessaire pour obtenir un « bac pro », ce qu'on peut difficilement assimiler à un progrès mais qui a permis d'économiser 25% de moyens en un seul tour de passe-passe ! Un traitement équivalent attend la filière STI, qui prépare les futurs techniciens de l'industrie. Est-ce le pessimisme mal assumé de l'Etat sur l'avenir de ce secteur de l'économie qui le conduit à en regrouper les différentes sous-filières, la volonté de produire des élèves polyvalents et mobiles ? Ou simplement l'envie de mettre les effectifs « au taquet », quitte à ce que les cours magistraux remplacent les séances en atelier face aux machines ?

Le doute n'est plus permis quand on constate qu'il n'y a plus le moindre euro et ni le moindre « titulaire remplaçant » pour suppléer des collègues en congé paternité ou 3 semaines d'arrêt maladie. Forts d'une nouvelle « autonomie » qui fait d'eux les arbitres finaux d'une pénurie décidée plus haut, des chefs d'établissements sont sur le point de suggérer à leurs équipes pédagogiques d'accepter une dégradation sans précédent de leur métier et de la mission dont elles ont la charge.

Les disciplines qu'un récent technocrate a qualifiées de « matières dictées » – les professeurs apprécieront ici la connaissance que le ministère a de leurs pratiques – pourraient être enseignées « en amphi » et à 80 élèves à la fois ! « Préparation au supérieur » répondrons certains, négligeant au passage qu'après le bac, les étudiants sont dans la voie qu'ils ont choisie et autrement plus concentrés, et que les cours y sont souvent appliqués dans une séance de TD séparée et en petits groupes. Autre énormité : pour disposer ponctuellement de groupes à effectif raisonnable, les professeurs de langues seraient amenés à autoriser l'absence des meilleurs élèves pour s'occuper des autres, ce qui certaines semaines, reviendrait à n'avoir les premiers qu'une seule heure. Une heure de langue, voilà une belle manière de fabriquer des bilingues...

Le CNED (centre national d'enseignement à distance) qui réduit la voilure pour être « rentable » voire « privatisable », l'INRP (institut national de la recherche pédagogique) qu'on supprime, les IUFM qu'on raye d'un trait et les stagiaires qu'on assomme de travail sans formation pédagogique, sont aussi de bien mauvais signes. 100000 professeurs ont été rayés du paysage national en moins d'une décennie, et des élus inconscients des formes et de l'intensité de leur travail réclament « 35 heures en établissement » en espérant en supprimer encore autant. Mais que sera alors le métier et le service rendu? La dégradation du système aboutit dès maintenant à un effondrement du nombre de candidats aux concours. Le gouvernement ne réagit pas, trop heureux d'avoir des postes non-pourvus à refiler à des vacataires sous-payés. Encore deux ou trois ans, le concours disparaitra, habilement relayé par la « masterisation » mise en place depuis 2009 : un examen aura remplacé un concours, le statut de fonctionnaire aura vécu et des CDD viendront s'y substituer. Mieux encore, le dispositif CLAIR s'apprête à créer pour des centaines d'établissements « sensibles » un statut dérogatoire. C'est vrai, en « ZEP », mieux valent des paires de gros muscles « sachant se faire respecter » qu'un enseignant savant!

Réduire les coûts, par tous les moyens : l'université y était ! Jusqu'à ce que récemment, Madame Pécresse se rende compte qu'une Licence à 200 heures de cours par semestre, c'était un peu juste pour créer la société de l'intelligence. Faudra-t-il attendre de toucher le fond pour réagir? Laisser se dissoudre un service public solidaire avant de visualiser ce qu'on a perdu? Ou discuter dès maintenant de ce qui cloche, de ce qui va, et arrêter la saignée?

Posté par fabricemaucci à 23:02 - Jeunesse, éducation & formation - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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12 janvier 2011

La droite la plus dangereuse du monde ?

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/01/12/le-fn-seduit-de-plus-en-plus-les-sympathisants-de-la-droite-classique_1464402_823448.html

http://www.lemonde.fr/societe/infographie/2011/01/12/35-des-sympathisants-ump-ouverts-a-des-alliances-avec-le-fn_1464458_3224.html

Posté par fabricemaucci à 17:01 - Stratégie politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

09 janvier 2011

Edgar et Joseph voient juste

Sacré Edgar Morin. Voici un texte paru dans Le Monde, qui voit clair sur notre époque charnière.

http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/01/08/1462821.html

Dans la foulée, un petit Stigiltz de Mediapart pour la route.

http://www.mediapart.fr//journal/economie/070111/joseph-stiglitz-au-lieu-de-regler-nos-problemes-nous-les-aggravons

Enfin, un abonné du même Monde qui dit des choses bien vraies...

http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2011/01/03/le-negation-de-la-collectivite_1460194_3232.html

Posté par fabricemaucci à 09:52 - L'économie au service des hommes - Commentaires [1] - Rétroliens [0]